Réflexion

Nos actions éditoriales pour comprendre les enjeux actuels de la parole et faire rayonner les arts de la parole

Il faut voir comme on se parle
Manifeste pour les arts de la parole

Gérald Garutti / Actes Sud.
Parution le 18 janvier 2023.

Jamais l’Humanité n’a autant pris la parole. Tout le monde s’exprime. Mais est-ce qu’on s’écoute ? Il faut voir comme on se parle. De plus en plus mal. La parole est souvent vide de sens et pleine de violence. Elle est dégradée. On l’éprouve chaque jour, à l’école, au travail, dans la rue, dans les médias, sur Internet. On confond clash et dialogue. On parle de plus en plus, on se parle de moins en moins. L’autre n’existe plus.

Comment retrouver ou fonder une parole juste et responsable ? Comment dépasser la perte d’attention et la culture de l’humiliation ? Comment apprendre à surmonter la violence, à maîtriser sa parole, à se relier, à écouter ?

En réponse, ce livre pose les fondements d’un humanisme de la parole. Il propose l’art comme solution vitale à une crise cruciale. Il définit les arts de la parole comme des arts de construction collective capables de réconcilier la société et de sublimer notre humanité.

PLUS D’INFORMATIONS

CAP vers le monde anglophone : le Manifeste en anglais

« Beginning with the simplest of propositions, “we must value speech properly”, Garutti tears into linguistic degradation in our time with depth, comprehensiveness, and knife-like clarity. »  Daniel Herwitz, professeur de philosophie, d’histoire de l’art et de littérature comparée à l’Université du Michigan.

Dépassant les frontières géographiques et culturelles, le CAP – Centre des Arts de la Parole étend son rayonnement à l’international, avec la publication de Il faut voir comme on se parle de Gérald Garutti, directeur du CAP, pour le monde anglophone.

Réparer la parole est un enjeu qui ébranle aujourd’hui le monde dans toutes ses dimensions et à toutes les latitudes. Traduire et adapter le texte fondateur du CAP participe de notre mission d’oeuvrer partout où nous le pouvons en faveur d’une parole juste et responsable.

Publié aux éditions Polity au Royaume-Uni avec une parution aux États-Unis le 15 avril, Watch Your Words est traduit et préfacé par le philosophe Raymond Geuss, professeur émérite à l’Université de Cambridge et membre du Conseil du CAP.

watch your words

Les Odyssées de la parole

Les Odyssées de la parole sont un festival itinérant pensé et conçu par le Centre des Arts de la Parole. Chaque Odyssée traverse successivement les sept arts de la parole, rassemblés en une journée comme autant de réponses possibles à un enjeu de société actuel. Elle offre un moment immersif, festif, réflexif et participatif au carrefour de l’art et de la citoyenneté.

Accessibles à tous, les Odyssées de la parole allient parcours individuel et expérience collective. Chaque création se structure autour d’une question fondamentale, confiée au regard d’un artiste. La première Odyssée de la parole, réalisée par Gérald Garutti, est ainsi consacrée à la question : « Que peut la parole pour s’en sortir ? ». Sont déployés Récit, Conférence, Débat, Poésie, atelier d’Éloquence, Théâtre et Dialogue comme autant d’explorations et d’éclairages possibles.

retour  sur la première odyssée DE LA PAROLE à la cité internationale de la langue française

Voix au chapitre : une création sonore

Le programme « Voix au chapitre » s’adresse à des personnes touchées par la précarité, la grande exclusion, des difficultés psychiques ou des troubles psychiatriques. Il leur propose de s’approprier les arts de la parole. Pour qu’un Centre des Arts de la Parole ne reproduise pas les exclusions de nos sociétés, il est en effet indispensable que ces personnes y aient droit de cité, qu’on y entende leurs mots.  

Ces personnes seront parties prenantes du projet, elles en seront actrices à part entière. Un programme spécifique de créations y sera établi avec elles.

Chaque création mettra en relation le CAP, une structure du champ psychiatrique ou social, un groupe de personnes qui y sont accueillies et un artiste. L’artiste pourra être auteur, metteur en scène, acteur, conteur, performer ou slameur. Il sera choisi par un comité de sélection. Les structures pourront être un hôpital psychiatrique, un Centre médico-psychologique (CMP), un Espace Solidarité Insertion (ESI), un établissement pénitencier ou une association d’accueil et d’aide aux personnes précaires implantées dans un quartier. Les groupes, selon les structures associées, seront constitués de personnes sans domicile, de personnes souffrant d’addictions, de troubles de l’humeur, de l’alimentation ou de la personnalité, d’hommes seuls ou de femmes seules sans domicile, de demandeurs d’asile, de personnes détenues ou sortant de détention (la liste n’est évidemment pas exhaustive). Des personnes. C’est ainsi qu’elles seront considérées, comme des personnes, et non comme une incarnation de leurs problèmes.  

Les créations reflèteront la rencontre singulière de l’artiste avec ce groupe de personnes. Toutes les formes pourront être abordées : le théâtre, le récit, le conte, la poésie, le slam mais aussi la conférence, le débat, la dispute, la plaidoirie ou encore l’éloquence, l’art oratoire, le dialogue.  

Les formes créées ont vocation à être diffusées en ligne. Elles pourront être enregistrées au studio ou dans les lieux des structures partenaires. La forme restituée pourra aller de l’enregistrement d’une parole brute aux détours d’une écriture fictionnelle restituée sous la forme de lectures à voix haute. Proposer à ces personnes de pratiquer les arts de la parole n’est en aucun cas les inciter à effectuer le récit de leur histoire personnelle. Bien au contraire. Leurs textes ou leurs prises de parole seront élaborés avec les personnes, jamais à leur insu, ni à leur détriment.   

Une vigilance toute particulière sera apportée au suivi de chaque participant dans le groupe tout au long du projet. Les éventuelles vertus émancipatrice ou thérapeutique de la création n’ont rien d’automatique. La question de la diffusion, qui expose les fragilités des personnes, réclame une attention particulière. Un encadrement rigoureux de l’ensemble du processus sera nécessaire. Deux personnes, une au sein du CAP, une autre au sein de la structure partenaire, seront chargées de veiller à ce que le projet ait un effet incontestablement bénéfique sur les personnes qui y participent.  

Ces personnes, dépossédées de l’essentiel parfois, ne sont pas pour autant privées de discours ; il suffit d’avoir fait l’expérience d’aller vers elles pour se rendre compte qu’elles ont beaucoup à dire pour peu qu’on les écoute. Ce sont les espaces publics où ces paroles sont accueillies qui sont rares. Le studio du CAP veut être un de ces espaces. À l’encontre des stéréotypes, qui ne font que redoubler les exclusions, ces personnes trouveront un endroit où faire entendre leurs voix propres, dignes, à même de dire leurs expériences singulières.

Ismaël Jude pour le Centre des Arts de la Parole

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